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Les Éparges de Maurice Genevoix.

  • Photo du rédacteur: Mémoire Des Hommes
    Mémoire Des Hommes
  • 12 janv. 2023
  • 4 min de lecture

Les Éparges, la crête de l'enfer...


Les Éparges est une commune française située dans le département de la Meuse, en région Grand Est. Elle est située à 18 km au sud-est de Verdun.


Le village sera totalement détruit lors de la Grande Guerre ; dans son livre La boue, Maurice Genevoix écrit le 1er novembre 1914 : « Au bord de la rue caillouteuse, de chaque côté sinuent les lignes tourmentées des façades, des carcasses noires, des échines de toitures dont les chevrons brisés font comme des chapelets de vertèbres. Le village est inerte comme un grand cadavre étendu. L'odeur est aigre et froide, une odeur d'incendie, plus pénétrante qu'une puanteur de chair morte. Dans le ruisseau, la boue s'étale comme une sanie ».

C'est en partie grâce au don providentiel de M. Andries Van Wezel qu'il fut reconstruit et inauguré en 1923.


Non loin du village se dresse une crête, la crête des Éparges.

C'est ici que se déroule de violents combats durant la Première Guerre Mondiale.

Cette crête, Maurice Genevoix et ses hommes y sont envoyés sans cesse.

En 1914 et en 1915, ils ont combattre et résister aux Eparges face à un ennemi acharné.

Ils retrouvent, entre quelques jours de repos, les mêmes tranchées boueuses, le même fracas des obus, la même puanteur, les mêmes cadavres de leurs camarades avec leur visage défiguré par la mort...



Ce souvenir impérissable, ces visages, ces souffrances, ces douleurs, ces horreurs se sont ancrés dans l'esprit des survivants, dont Genevoix.


Bombardement de la crête, vu d’une tranchée française, 1915. Collection privée. Droits réservés. Source : Memorial Verdun.


Dans ses ouvrages, avec une précision remarquable, il décrit les horreurs dont son âme a été bouleversée. En voici quelques extraits :


"Couché sur une civière, dans le réduit encombré d’outils et de planches, Sicot a gardé les yeux ouverts.

A la lueur d’une chandelle qui est là, sa face exsangue semblerait morte, n’était ses yeux toujours vivants. Il me voit, me reconnaît, et sans rien dire, pendant que je regarde, il pleure à grosses larmes lentes d’être sûr qu’il va mourir.

« A revoir, Sicot… tu seras ce soir à l’hôpital de Verdun… On y est bien… Il y a des toubibs épatants… »

Les larmes roulent, de ses yeux déjà éteints.

Sous la montée brillante des larmes, ses prunelles ne vivent plus que d’une dernière clarté : la certitude et la tristesse de mourir.

Il fallait bien sortir de cette petite casemate, ne plus voir ce corps étendu, cette force jeune, cette simple bonté, tout cela qui était Sicot, et qui mourait lentement, depuis le claquement grêle d’une balle au bord de l’entonnoir 7."




"Quelque chose de lourd a cogné dans mes jambes, et j’ai fléchi, les jarrets coupés nets.

« Par-dessus ! En avant ! »

C’est la tête de Grondin qui a cogné dans mes jambes.

Je me suis retourné ; sans horreur ; et j’ai vu le corps écrasé, enseveli déjà sous l’immense piétinement, avec encore à ras de terre, la plaie glougloutante du cou.

Nous marchons toujours, soulevés par l’air qui tressaute, bousculés par les parois dansantes du boyau, souffletés de boue, de gravats, de flots d’air rougeâtre et brûlants.

Nous ne distinguons plus. Deux fois, trois fois de suite, nous avons vu la terre s’entrouvrir et cracher des pierres qui flambaient. Nous courons pliés en deux, poursuivis par les 75, par ces couperets sifflants qui rasent, terribles, les bords du boyau, par ce seul 75 qui tire trop court, qui frappe toujours à la même place, à notre droite."


Les Eparges 1915


"20 février 1915

Un grand balancement de la terre et du ciel à travers le, paupières cuisantes; du froid mouillé; des choses qu'on retrouve dans l' aube blême, les unes après les autres, et toutes; personne de tué dans les ténèbres, personne même d'enseveli malgré l'acharnement des obus: la même terre et les mêmes cadavres; toute la chair qui frémit comme de saccades intérieures, qui danse, profonde et chaude, et fait mal; même plus d'images, cette seule fatigue brûlante que la pluie glace à fleur de peau: et c'est un jour qui revient sur la crête, pendant que toutes les batteries boches continuent de tirer sur elle, sur ce qui reste de nous là-haut, mêlé à la boue, aux cadavres, à la glèbe naguère fertile, souillée maintenant de poisons, de chair morte, inguérissable de notre immonde supplice."



Les Hommages.


Monument érigé en l'honneur du 106e Régiment d'Infanterie, régiment de Maurice Genevoix.



Le 6 avril 2015, le village inaugure le buste du lieutenant Maurice Genevoix.


"Des milliers d’hommes sont venus combattre et mourir aux Éparges. De leur souffrance et de leur peine nous n’aurions plus de trace aujourd’hui si l’un d’entre eux n’avait immortalisé par ses écrits les sept mois de guerre qu’il vécut à leurs côtés avant d’être grièvement blessé non loin d’ici."

Source citation ci-dessus et photographies ci-dessous : Association l'Esparge.



Maurice Genevoix laisse derrière lui, non pas la trace d'un seul homme, mais de tous ses frères d'armes qui vécurent sa réalité : celle d'une terrible guerre, remplis de misère humaine....

N'oublions jamais !


Article par Camille de Mémoire de 14-18.

Sources: Ville des Eparges, Association l'Esparge, Memorial Verdun, Maurice Genevoix "Les Eparges" Ceux de 14.


 
 
 

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